Une affaire de manipulation et d’escroquerie visant des personnalités politiques et judiciaires algériennes vient d’être révélée. Un individu se faisant passer pour un haut responsable militaire a réussi à tromper plusieurs parlementaires et magistrats en leur promettant de prestigieuses nominations, tout en leur extorquant de l’argent. Cette affaire met en lumière les failles de sécurité au plus haut niveau de l’État algérien.
Un imposteur aux méthodes bien rodées
Selon un dossier judiciaire qui sera examiné par le tribunal criminel de première instance de Dar El Beida à la fin du mois, l’accusé principal, Belhassan Yacoub, âgé de 25 ans et originaire de la région de Ghazaouet dans la wilaya de Tlemcen, se faisait passer tantôt pour le directeur du protocole de la présidence de la République, tantôt pour un colonel des services de renseignement extérieurs.
Opérant depuis la Grèce, il contactait ses victimes via l’application WhatsApp et par e-mails, leur faisant miroiter des postes importants au sein de l’État. Il leur demandait ensuite d’envoyer leurs dossiers administratifs de toute urgence, ainsi que des sommes d’argent en dinars et en devises étrangères sur des comptes postaux.
Des victimes de haut rang
Parmi les victimes de cette escroquerie figurent notamment :
- Des députés de l’Assemblée populaire nationale
- Des magistrats membres du Conseil supérieur de la magistrature
- Des juges de la Cour constitutionnelle
- Des hauts fonctionnaires et cadres de ministères
Au moins sept personnes se sont constituées parties civiles dans cette affaire, dont les députés « K. Toufik » et « A. Maria », ainsi que des magistrats comme « A. Fatiha ».
Un mode opératoire sophistiqué
L’enquête a révélé que Belhassan Yacoub utilisait des techniques élaborées pour gagner la confiance de ses victimes. Il se présentait par exemple comme le général « K. Jamal Eddine », directeur général de la sécurité intérieure, prétendant appeler depuis le bureau du président de l’Assemblée nationale.
Il invoquait des missions sensibles à l’étranger nécessitant des versements urgents, comme la libération d’agents algériens supposément arrêtés au Maroc. Il promettait également des nominations prestigieuses, comme celle d’ambassadeur, en échange de documents personnels et de sommes d’argent.
Une enquête qui s’accélère
Les services de sécurité ont ouvert une enquête judiciaire après la plainte d’un député chargé de la communauté nationale à l’étranger. D’autres victimes ont ensuite été entendues, révélant l’ampleur du réseau mis en place par l’escroc.
Belhassan Yacoub a déjà été condamné à 10 ans de prison ferme dans une affaire similaire jugée il y a quelques semaines par le pôle pénal spécialisé dans la cybercriminalité du tribunal de Dar El Beida.
Des failles de sécurité préoccupantes
Cette affaire soulève des questions sur la sécurité des communications au plus haut niveau de l’État algérien. Comment un imposteur a-t-il pu obtenir les coordonnées personnelles de parlementaires et de hauts magistrats ? Comment a-t-il pu les convaincre aussi facilement de sa légitimité ?
Les autorités devront sans doute renforcer les protocoles de sécurité et de vérification d’identité pour éviter que de telles escroqueries ne se reproduisent à l’avenir.
Pour en savoir plus sur l’actualité judiciaire en Algérie, vous pouvez consulter cet article sur une récente décision de justice.
