Le marché des devises en Algérie connaît actuellement une période de turbulence, marquée par une chute significative de l’euro et du dollar face au dinar algérien sur le marché parallèle. Cette baisse soudaine, qui a débuté mi-décembre, suscite de nombreuses interrogations quant à ses causes et ses potentielles conséquences sur l’économie algérienne.
La chute vertigineuse de l’euro et du dollar sur le marché noir algérien
Depuis le 9 décembre 2024, l’euro et le dollar ont entamé une baisse spectaculaire sur le marché parallèle des devises en Algérie. En moins de deux semaines, l’euro a perdu 17 dinars par rapport à son record absolu de 262 dinars, s’échangeant à Alger pour 245 dinars algériens l’unité. Cette chute rapide a provoqué une certaine panique parmi les cambistes, notamment ceux ayant acheté d’importantes sommes au prix fort.
Le recul de l’euro sous la barre symbolique des 250 dinars algériens marque un tournant important sur ce marché habituellement caractérisé par une relative stabilité.
Les facteurs explicatifs de la baisse des devises étrangères
Plusieurs facteurs semblent contribuer à cette baisse inattendue des devises étrangères face au dinar algérien :
La diminution de la demande en fin d’année
Traditionnellement, la fin d’année est une période où la demande en devises étrangères tend à diminuer en Algérie. Cette baisse saisonnière de la demande pourrait en partie expliquer la chute actuelle des cours.
L’impact de la nouvelle allocation touristique
L’annonce d’une augmentation substantielle de l’allocation touristique pour les Algériens voyageant à l’étranger a probablement eu un effet sur le marché. Cette mesure, qui prendra effet en janvier 2025, prévoit une multiplication par sept et demi de l’allocation, passant à 750 euros par adulte et 300 euros par enfant mineur, une fois par année civile.
Le plafonnement des exportations de devises
Un nouveau règlement de la Banque d’Algérie, entré en vigueur le 21 novembre, limite la somme de devises que les voyageurs peuvent faire sortir légalement du territoire national à l’équivalent de 7500 euros par année civile. Cette mesure pourrait avoir découragé certains acteurs du marché parallèle.
Un marché opaque difficile à analyser
L’opacité du marché noir des devises en Algérie rend difficile une analyse précise des mécanismes à l’œuvre. Les acteurs du marché, qu’ils soient vendeurs, acheteurs ou intermédiaires, se trouvent actuellement dans l’expectative, incertains quant à l’évolution future des cours.
Certains observateurs attribuent la baisse actuelle à une offre provenant de personnes qui ne sont pas des clients habituels, possiblement des épargnants qui avaient converti leurs dinars en euros par crainte d’un changement de monnaie en Algérie.
Perspectives et incertitudes
L’entrée en vigueur de la nouvelle allocation touristique en janvier 2025 est très attendue pour mesurer son impact réel sur le marché des devises. Si la demande émane principalement des petits acheteurs (touristes, étudiants, malades), on pourrait assister à un effondrement plus marqué des cours.
Cependant, si la part des acteurs de l’économie informelle et du blanchiment d’argent s’avère prépondérante, le marché parallèle pourrait simplement se déplacer vers l’étranger, comme certains l’anticipent.
Les conditions météorologiques difficiles que connaît actuellement l’Algérie, avec de fortes chutes de neige dans plusieurs wilayas, pourraient également avoir un impact indirect sur l’activité économique et, par extension, sur le marché des devises.
L’évolution du marché des devises en Algérie reste donc incertaine et dépendra largement des mesures que prendront les autorités pour lutter contre le marché noir et des réactions des différents acteurs économiques face à ces changements.
