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L’Algérie se détourne du blé français : les raisons derrière ce choix

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L’Algérie, l’un des plus grands importateurs mondiaux de blé, semble se détourner de son fournisseur traditionnel français. Cette décision s’inscrit dans une stratégie de diversification des sources d’approvisionnement et intervient dans un contexte de tensions diplomatiques entre les deux pays. Les conséquences économiques pour la filière céréalière française sont importantes.

Une baisse significative des exportations françaises vers l’Algérie

FranceAgriMer, l’établissement public sous tutelle du ministère français de l’Agriculture, confirme l’absence d’exportations de céréales françaises vers l’Algérie ces derniers mois. Cette situation inquiète les professionnels du secteur, car l’Algérie était jusqu’à présent un client majeur pour le blé français.

Benoît Piétrement, président du Conseil spécialisé marchés céréaliers de FranceAgriMer, explique que « le marché algérien est presque complètement fermé à l’origine française« . Malgré les offres proposées par les exportateurs français, l’Algérie ne procède à aucun achat de blé français.

Les raisons de ce changement

Plusieurs facteurs expliquent cette nouvelle donne :

1. Diversification des sources d’approvisionnement

L’Office algérien interprofessionnel des céréales (OAIC) privilégie désormais la diversification de ses fournisseurs. Nacerddine Messaoudi, secrétaire général de l’office, a déclaré en juillet 2022 : « Nous sommes passés de 22 à 32 fournisseurs ». Cette stratégie vise à réduire la dépendance de l’Algérie envers un seul pays fournisseur.

2. Tensions diplomatiques

Les relations diplomatiques tendues entre la France et l’Algérie jouent un rôle dans cette décision. Ces tensions influencent les choix économiques et commerciaux entre les deux pays.

3. Concurrence internationale

La concurrence d’autres pays producteurs s’est intensifiée depuis la mauvaise récolte française de 2016. Des pays comme la Russie, l’Ukraine ou l’Argentine proposent des prix compétitifs, attirant l’attention de l’Algérie.

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Impact sur la filière céréalière française

Cette situation a des répercussions significatives sur la filière céréalière française :

– Les exportations françaises de blé sont en baisse, passant de 15-16 millions de tonnes habituellement à environ 9,7 millions de tonnes.

– La balance commerciale française est affectée. Philippe Heusele, secrétaire général de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB), souligne : « En 2022, les exportations de céréales représentaient 11 milliards d’euros de recettes. L’année suivante, ce chiffre est descendu à 6,5 milliards d’euros, et il sera encore inférieur en 2024 ».

La concurrence du blé ukrainien

La filière française doit également faire face à la concurrence accrue du blé ukrainien. Suite à la suppression des droits de douane sur les blés ukrainiens en 2022, les importations en provenance d’Ukraine vers l’Union européenne ont explosé, passant de 150 000 tonnes en 2021 à 7 millions de tonnes en 2023.

La stratégie algérienne pour réduire les importations

L’Algérie ne se contente pas de diversifier ses fournisseurs. Le pays a lancé un programme ambitieux de relance de la production céréalière nationale. Ce plan comprend :

– Le développement de la culture de céréales dans le sud du pays, sous irrigation pivot.

– Un soutien accru aux agriculteurs dans le nord du pays.

– Des partenariats avec des entreprises étrangères pour l’approvisionnement en intrants agricoles.

L’objectif est d’augmenter les rendements et de réduire la dépendance aux importations. Cette stratégie s’inscrit dans une volonté plus large de souveraineté alimentaire.

La situation reste néanmoins complexe, comme en témoignent les défis auxquels fait face la recherche agronomique algérienne. Ali Daoudi, de l’École nationale supérieure d’agronomie d’El Harrach, appelle à une meilleure coordination entre l’université et les services agricoles pour optimiser les efforts de recherche et développement dans le secteur céréalier.

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Alors que l’Algérie poursuit sa stratégie de diversification et d’autonomie, la filière céréalière française doit s’adapter à cette nouvelle donne. Les tensions diplomatiques entre les deux pays ajoutent une dimension politique à ces enjeux économiques, complexifiant davantage la situation. L’évolution de ce dossier aura des implications importantes pour l’agriculture française et la sécurité alimentaire algérienne.

Pour plus d’informations sur l’actualité algérienne, vous pouvez consulter les articles suivants :

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