Reconnu comme l’un des plus éminents spécialistes de l’histoire contemporaine de l’Algérie, Benjamin Stora poursuit depuis plus de cinquante ans un travail mémoriel essentiel sur la guerre d’indépendance algérienne. Né à Constantine en 1950, cet historien engagé œuvre inlassablement pour la réconciliation des mémoires entre la France et l’Algérie.
Un parcours marqué par l’engagement historique
Issu d’une famille juive établie à Khenchela « depuis la nuit des temps », Benjamin Stora a développé une expertise unique sur l’histoire de l’Algérie. Son grand-père, dont il porte le prénom, était maire de Khenchela, tandis que son père était diplômé en droit musulman et commerçant à Constantine.
En cinquante ans de recherches et d’analyses, l’historien a produit une quarantaine d’ouvrages, sans compter les travaux collectifs et les documentaires. Son œuvre majeure publiée en 1985 compile notamment 600 biographies de militants nationalistes algériens.
Un médiateur entre deux rives
Le président Abdelmadjid Tebboune l’a reçu à deux reprises, soulignant qu’il « a toute son estime et réalise un travail sérieux avec ses collègues français et algériens ». En France, Emmanuel Macron lui a confié en 2021 la rédaction d’un rapport sur la réconciliation des mémoires de la colonisation et de la guerre d’Algérie.
Une vision critique de l’évolution mémorielle
L’historien constate avec une certaine amertume l’évolution de la société française vis-à-vis de la question coloniale. Si dans les années 1970, « le courant anticolonialiste était très important », aujourd’hui le paysage politique et culturel s’est profondément transformé.
Un engagement pour la mémoire collective
Benjamin Stora continue son travail de mémoire malgré les critiques, notamment de l’extrême-droite française. Son attachement à Constantine, sa ville natale, l’a conduit à proposer cette ville pour accueillir une réunion de la commission mixte d’historiens en novembre 2023, illustrant sa volonté de créer des ponts entre les deux pays.
Ses rencontres avec des figures historiques comme Hocine Ait Ahmed, Yacef Saadi, et Mohamed Harbi ont enrichi sa compréhension de la révolution algérienne. L’historien souligne l’importance des témoignages, notamment pour documenter des aspects que les archives officielles ne couvrent pas.

