Turquie | Un chapitre important de l’histoire politique turque s’est clos avec l’annonce du décès de Fethullah Gülen, figure controversée et opposant farouche au président Recep Tayyip Erdogan. Le prédicateur musulman, âgé de 83 ans, s’est éteint aux États-Unis, son pays d’exil depuis près d’un quart de siècle. Cette nouvelle, qui a rapidement fait le tour des médias turcs, marque un tournant dans la dynamique politique du pays.
C’est la télévision publique turque TRT qui a rapporté en premier lieu que « le prédicateur de 83 ans est décédé la nuit dernière à l’hôpital où il avait été emmené ». L’information a ensuite été confirmée sur les réseaux sociaux par le compte « Herkul », proche du mouvement Gülen, bien que ce dernier soit interdit en Turquie. Le message disait : « Le révérend Fethullah Gülen, qui a consacré chaque instant de sa vie au service de l’islam et de l’humanité, a rejoint aujourd’hui (20 octobre) les horizons de son âme ».
Gülen était à la tête du mouvement Hizmet, un vaste réseau d’écoles et d’organisations présent dans de nombreux pays. Cependant, sa relation avec le gouvernement turc s’est considérablement détériorée au fil des années, passant d’une alliance à une opposition farouche. Le point culminant de cette inimitié fut l’accusation par Ankara d’avoir orchestré la tentative de coup d’État de juillet 2016, une allégation que Gülen a toujours vigoureusement réfutée.
Le prédicateur avait choisi de s’installer en Pennsylvanie en 1999, se mettant ainsi à l’abri des poursuites lancées par les autorités turques. Initialement allié d’Erdogan, il est devenu son adversaire le plus redouté après un scandale de corruption qui a éclaboussé l’entourage du président turc en 2013. Le gouvernement turc a par la suite qualifié son mouvement d’organisation terroriste, une accusation que Gülen n’a cessé de rejeter, affirmant que son réseau se limitait à des activités caritatives et éducatives.
La disparition de Gülen soulève de nombreuses questions sur l’avenir de son mouvement et sur les relations entre la Turquie et les États-Unis. L’une des interrogations majeures concerne le possible rapatriement de sa dépouille en Turquie. Cette décision incombera probablement au président Erdogan, qui avait fait retirer la nationalité turque à Gülen en 2017.
Les conséquences du conflit entre Erdogan et Gülen ont été profondes en Turquie. Suite à la tentative de coup d’État de 2016, le gouvernement turc a lancé une vaste campagne de répression. Selon les chiffres officiels, « des poursuites ont été engagées contre près de 700.000 personnes, et 3.000 d’entre elles, accusées d’avoir participé au putsch manqué, ont été condamnées à la prison à perpétuité ».
Ces purges ont touché l’ensemble de la société turque, des institutions publiques à l’armée en passant par le système judiciaire. Plus de 125.000 personnes ont été démises de leurs fonctions dans les institutions publiques, dont environ 24.000 militaires et des milliers de magistrats. De nombreux établissements d’enseignement privés, médias et maisons d’édition ont également été fermés.
Le décès de Fethullah Gülen marque indéniablement la fin d’une époque pour la Turquie. Son héritage, à la fois complexe et controversé, continuera sans doute d’influencer la politique turque dans les années à venir. Alors que ses partisans pleurent la perte d’un guide spirituel, ses détracteurs voient dans sa disparition la fin d’une menace pour la stabilité du pays.

