Une nouvelle directive européenne sur la durabilité des entreprises pourrait avoir des répercussions importantes sur les exportations de gaz algérien vers l’Europe. Cette réforme, qui entrera en vigueur en 2027, impose aux grandes entreprises de s’assurer que leur chaîne d’activités respecte les droits de l’homme et l’environnement. L’Algérie, principal fournisseur de gaz de l’Union européenne, pourrait voir ses livraisons impactées.
Une directive européenne qui inquiète les exportateurs de gaz
La directive européenne dite DSDDD ou « devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité » suscite des inquiétudes chez les fournisseurs de gaz de l’Union européenne. Cette réforme, qui s’appliquera à partir de 2027, contraint les grandes entreprises à vérifier que l’ensemble de leur chaîne d’activités ne contrevient pas aux droits de l’homme et à la protection de l’environnement. Des amendes pouvant atteindre 5% du chiffre d’affaires sont prévues pour les entreprises qui ne respecteraient pas ces nouvelles règles.
Le Qatar, qui fournit 10% des besoins en gaz de l’Europe, a déjà menacé de cesser ses livraisons si des amendes étaient infligées à sa compagnie gazière. Cette réaction laisse présager de possibles tensions avec d’autres fournisseurs, dont l’Algérie.
L’Algérie, premier fournisseur de gaz de l’Europe
L’Algérie occupe une place prépondérante dans l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne. En octobre dernier, Sonatrach, le géant gazier algérien, est devenu le premier fournisseur de l’Europe avec des exportations s’élevant à 1,3 milliard d’euros, soit 21% des importations de l’UE. Le pays fournit du gaz naturel via deux gazoducs reliant l’Algérie à l’Espagne et à l’Italie, ainsi que du gaz naturel liquéfié (GNL) par méthaniers.
Face à cette nouvelle réglementation européenne, l’Algérie pourrait être contrainte d’adapter sa stratégie d’exportation. Les répercussions potentielles sur l’économie algérienne pourraient être significatives, le secteur des hydrocarbures représentant une part importante des revenus du pays.
Sonatrach s’engage dans la réduction de son empreinte carbone
Pour anticiper ces nouvelles exigences européennes, Sonatrach a déjà entrepris des démarches visant à réduire son impact environnemental. Le groupe a notamment lancé un projet ambitieux de plantation de plus de 423 millions d’arbres en Algérie, pour un investissement d’un milliard de dollars. Ce projet, qui s’étalera sur une période de 10 ans, permettra à Sonatrach de générer des crédits carbone et de prouver que le gaz algérien a une faible empreinte carbone.
La stratégie de Sonatrach pour réduire son empreinte carbone repose également sur la réduction du torchage et l’introduction progressive des énergies vertes. L’objectif affiché est d’atteindre un équilibre entre les émissions de l’entreprise à l’horizon 2050.
Des enjeux économiques et diplomatiques majeurs
L’application de cette nouvelle directive européenne soulève des questions quant à son impact sur les relations économiques et diplomatiques entre l’Algérie et l’Union européenne. La question d’une éventuelle indemnisation financière de l’Algérie par la France, évoquée par certains observateurs, pourrait prendre une nouvelle dimension dans ce contexte.
Par ailleurs, ces changements interviennent alors que d’autres réformes importantes sont en cours, notamment la réforme des retraites 2025 qui aura des implications pour les retraités algériens de France. Ces évolutions soulignent la complexité des relations économiques et sociales entre l’Algérie et l’Europe.
Des défis pour l’économie algérienne
Face à ces nouveaux défis, l’Algérie devra adapter sa politique économique et fiscale. La récente réunion de coordination sur les enjeux et applications des textes de la loi de finances 2025 témoigne de la volonté des autorités algériennes de préparer le pays à ces changements.
Cependant, ces adaptations devront se faire dans un contexte où la lutte contre la fraude fiscale reste un enjeu majeur, comme l’illustre le récent cas d’une entreprise de négoce de produits de nettoyage accusée de fraude fiscale, avec un préjudice estimé à 30 milliards de centimes.

